Banner Before Header

Art culinaire au Cameroun: Du plastique à la place de la feuille de bananier

0 836

kouakoukouAu Cameroun, l’usage des emballages plastiques a fait basculer l’art culinaire, au grand dam de la feuille végétale, à tel point que, même certains villages reculés en sont devenus des accrocs.

A 70 ans, Mavou n’a rien perdu de sa jeunesse, mieux de ses habitudes culinaires passées de génération en génération.

Il est huit heures ce samedi 4 mai 2013. Mado, la fille de Mavou, commence les préparatifs. Ce week-end, elle s’apprête à accueillir toute la grande famille chez-elle. Frères et sœurs, neveux, nièces, cousins et cousines. Comme il est de coutume dans la famille, Mado doit faire plaisir à tous ses convives en préparant des menus locaux  inspirés de la pure tradition: le macabo râpé et autres koki des mets cuits à haute température contenus selon les us dans des feuilles végétales.

Mais grande sera la surprise de Mavou de voire sa fille étaler son macabo râpé sur un morceau de plastique bien lavé auparavant. Stupéfaite, la vieille dame n’a pas pu contenir son émotion. Son hurlement a suffit pour tenir toute la famille en alerte. Conflit de générations, irrespect des traditions, des remarques fusent. Finalement Mavou est persuadée par les siens que du plastique ou des feuilles de bananier, le goût du macabo râpé restait le même à la cuisson.

Dangerosité du plastique

L’expérience de l’octogénaire n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan qui fait noyer la cuisine traditionnelle au Cameroun. Aujourd’hui, des mets à l’instar du Koki, du râpé de macabo, couscous de manioc ou de maïs  cuits à des fortes températures,  et qui nécessitaient l’usage exclusif des feuilles végétales, sont passés au stade des emballages plastiques. La vérité est que les dits emballages sont commodes dans les zones tropicales, propres, bref, fins prêts à être utilisés, mais surtout, comparativement à feuilles végétales moins chères. Ce dernier argument est celui que font prévaloir les ménagères interrogées. La majorité de la population urbaine et même rurale  camerounaise s’est ruée dans les emballages plastiques.

Seulement, l’un des principaux problèmes de l’utilisation des emballages plastiques est leur toxicité. En effet, des spécialistes s’accordent sur le fait que, à haute température, les emballages plastiques libèrent le « plastifiant »comme les bisphénols aromatiques (BPA) des substances hautement toxiques ou même des phtalates donc la nocivité est reconnu. « Contenants et emballages en plastique peuvent être nocifs si on les utilise à d’autres fins que celles prévues. L’emballage peut transférer à l’aliment une partie du plastifiant, substance qui rend la pellicule flexible. Ce risque est plus grand si l’emballage est chauffé au four à micro-ondes , sur un feu de bois  ou si l’aliment est gras ou huileux »comme le macabo râpé estiment certains professionnels de la santé.

Certes, l’on n’est pas encore en mesure de préciser quelle maladie est provoquée par les emballages plastiques, mais ce changement dans les habitudes culinaires n’est pas sans conséquence puisque les méfaits de l’utilisation de ces emballages ne se font sentir que plus tard, avec des risques importants de tumeur ou de cancer. Un véritable problème de santé publique dont semblent ignorer les populations camerounaises. Et pourtant l’augmentation rapide des cas de cancer au Cameroun au cours des dix dernières années  n’est pas anodine. D’après certaines sources médicales, « le nombre de victimes du cancer pourrait être comparable à celui du sida d’ici 2015. » Cette prophétie devrait  inciter les populations à plus de prudence.

 Awa balkissou

 

 .

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.