Le 7 février 2025, dans le faste du Palais des Congrès, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, s’est livré à un exercice de communication bien rodé : la présentation de la feuille de route de son département ministériel.
À première vue, les engagements pris semblent ambitieux, porteurs d’espoir pour des millions de Camerounais privés d’un accès stable à l’électricité et à l’eau potable. Mais derrière ces annonces officielles, une réalité moins reluisante se dessine : celle d’un pays où les infrastructures essentielles s’effondrent, où les fonds publics disparaissent dans les méandres d’une administration gangrenée par la corruption, et où la soif et l’obscurité restent le quotidien de nombreux citoyens.
Officiellement, le ministère mettra l’accent en 2025 sur le remplacement des transformateurs vétustes, l’amélioration du réseau électrique et la substitution progressive des poteaux en bois par des structures en béton plus résistantes. Environ 1,6 million de poteaux en bois sont encore en service, dont 40 % seraient vétustes. Une vaste campagne de remplacement est annoncée, mais combien de ces promesses ont déjà été faites par le passé sans jamais être tenues ? Les experts du secteur rappellent que de nombreuses infrastructures restent à l’abandon, et que les budgets alloués à leur réhabilitation finissent souvent dans des circuits opaques où règnent surfacturations et marchés fictifs.

Dans le domaine de l’eau, les projets d’extension des réseaux et d’amélioration de la pression dans les zones sous-desservies sont présentés comme des priorités. Mais sur le terrain, la situation est alarmante. À Yaoundé, capitale du pays, certains quartiers restent des semaines sans la moindre goutte d’eau, forçant les habitants à acheter des bidons à des prix exorbitants ou à se rabattre sur des sources douteuses, au risque de maladies hydriques. Les équipements de pompage tombent en panne, faute d’entretien, et les promesses d’investissements peinent à se matérialiser.
Derrière cette gestion chaotique, des soupçons de détournements de fonds pèsent sur plusieurs grands projets du ministère. En 2023, une enquête menée par des ONG spécialisées en transparence publique révélait que des milliards de francs CFA destinés à la modernisation des infrastructures d’eau et d’électricité avaient été attribués à des entreprises-écrans, sans qu’aucun chantier ne soit réellement livré. Pourtant, ces scandales semblent se heurter à un mur d’impunité, les responsables politiques étant rarement inquiétés.
Alors que les populations continuent de souffrir d’un accès précaire aux services essentiels, le discours ministériel résonne comme une litanie bien rodée de promesses réchauffées. La vérité, c’est qu’en dépit des déclarations officielles, la soif et l’obscurité persistent. Et tant que la gouvernance ne s’attaquera pas aux véritables causes de cette crise – la mauvaise gestion, le manque de transparence et l’inertie administrative – les Camerounais continueront d’attendre, entre espoir et résignation, le jour où l’eau coulera enfin de leurs robinets et où la lumière ne s’éteindra plus subitement au moindre coup de vent.
Caliste N’nanga

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