Dans un contexte de lutte contre la pêche illicite, le Cameroun délivre 27 licences pour 2025 et affiche une hausse de 28% des captures, mais reste loin de l’autosuffisance
Ajafe le 31 mars 2025 – Le soleil se lève à peine sur le port de Douala (youpwe), et déjà l’activité bat son plein. Pêcheurs, mareyeurs et négociants s’affairent autour des navires qui déchargent leur précieuse cargaison. Une scène quotidienne qui pourrait bientôt s’intensifier, alors que le ministère de l’Élevage, des pêches et des industries animales (Minepia) vient d’octroyer 27 licences de pêche industrielle côtière pour l’année 2025.
Cette annonce, tombée le 26 mars dernier, s’inscrit dans une dynamique encourageante pour le secteur halieutique camerounais. Les navires fraîchement autorisés devront toutefois respecter des règles strictes, comme le rappelle le Dr Elie Badai, chef de la Brigade de contrôle et de surveillance des activités de pêches : « Cette licence ne leur donne l’autorisation qu’à pêcher dans les eaux territoriales du Cameroun. » Une restriction qui s’accompagne d’une obligation de débarquement des captures « obligatoirement dans les ports d’attache », afin que ces ressources alimentent directement le marché local.

Les chiffres témoignent d’une progression notable. En 2023, les chalutiers sillonnant les eaux camerounaises ont ramené dans leurs filets 19 157 tonnes de poissons, contre 14 929 tonnes l’année précédente. Une augmentation de 28% qui représente 4 228 tonnes supplémentaires pour les étals des marchés locaux. Pourtant, cette embellie reste une goutte d’eau dans l’océan des besoins nationaux.
Car le Cameroun a faim de poisson. Avec une demande annuelle estimée à 500 000 tonnes, le pays se retrouve face à un gouffre de 400 000 tonnes que sa production locale, plafonnant à 100 000 tonnes, ne peut combler. Cette situation contraint les autorités à ouvrir grand les vannes des importations, faisant affluer des conteneurs réfrigérés de Mauritanie, du Sénégal, d’Irlande ou encore du Brésil.
Cette dépendance aux importations représente une véritable hémorragie financière pour l’économie nationale, déjà fragilisée par un autre fléau : la pêche illicite. Ces activités clandestines coûteraient annuellement près de 20 milliards de FCFA au Cameroun, selon les estimations du Minepia. Un manque à gagner colossal qui pourrait être investi dans le développement du secteur.
La publication de cette liste des navires autorisés n’est pas anodine. Elle témoigne d’une volonté de transparence, conformément à la charte mondiale pour la transparence des pêches. Un effort qui n’est pas superflu, alors que la Commission européenne en charge de la lutte contre la pêche illicite a récemment pointé du doigt les « lacunes identifiées dans la capacité du Cameroun à respecter les normes établies par le droit international de la mer ».
Face à ces défis, le pays peut heureusement compter sur le soutien technique de la FAO, qui accompagne les efforts gouvernementaux pour renforcer les mécanismes de surveillance et de contrôle des activités halieutiques dans ses eaux territoriales.
L’enjeu est de taille pour le Cameroun : concilier exploitation durable des ressources marines, satisfaction des besoins alimentaires de sa population et respect des engagements internationaux. La progression des captures enregistrée ces dernières années fait naître un espoir, mais le chemin vers l’autosuffisance halieutique ressemble encore à une traversée en haute mer par gros temps.
Awa Balkissou

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