Douala, Cameroun
Forêt

Les forêts du bassin du Congo dictent le rythme des ports camerounais

Dans les terminaux bruissants de Douala et Kribi, où les grues soulèvent jour et nuit des conteneurs métalliques sous le soleil équatorial, une vérité s’impose avec la force d’un tronc d’okoumé: le bois gouverne. Les chiffres de 2025 révèlent une dépendance spectaculaire. Sur 111 126 équivalents vingt pieds transitant par ces deux poumons économiques du Cameroun, 55 637 transportent du bois et ses dérivés. Un empire silencieux qui capte 50,1 % du trafic total.

Cette hégémonie raconte l’histoire méconnue d’un corridor forestier transnational. Le Cameroun fournit les trois quarts de ce flux ligneux, mais derrière ces statistiques se dessinent les routes poussiéreuses de la République Centrafricaine et les pistes congolaises, d’où proviennent respectivement 16 % et 10 % des volumes. Pour ces nations enclavées, le bois représente bien davantage qu’une marchandise: c’est leur unique passeport vers les marchés mondiaux, la quasi-totalité de leurs exportations transitant par les infrastructures camerounaises.

Le rapport de Pakazure, consulté par L’Economie, dévoile les mécanismes d’une machine économique aux rouages complexes. Contrairement au cacao qui flambe puis s’éteint selon les saisons, le bois maintient une cadence régulière. Il stabilise, régule, équilibre. En décembre dernier, le pic atteignait 4 473 EVP, tandis que l’été voyait les convois centrafricains se raréfier, prisonniers des pluies qui transforment les routes en bourbiers impraticables.

le bois en partance pour le port de kribi

Cette constance masque pourtant une fragilité systémique. Au premier trimestre 2025, les quais ont suffoqué. L’avalanche simultanée de cacao camerounais et de coton tchadien a saturé les capacités de stockage, exposant les limites d’infrastructures conçues pour une époque révolue. Les conteneurs de bois, habituellement fluides, se sont retrouvés immobilisés, témoins d’une congestion qui coûte cher aux opérateurs.

La solution émergente ressemble à un ballet logistique minutieusement chorégraphié: exploiter le creux estival, cette pause du troisième trimestre où l’activité ralentit, pour évacuer massivement les stocks dormants. Libérer l’espace vital avant qu’octobre ne ramène la tempête commerciale. Une stratégie qui exige coordination, anticipation et investissements que Douala et Kribi peinent encore à mobiliser pleinement.

Au-delà des conteneurs s’entassent des questions plus vastes. Cette dépendance au bois interpelle alors que les forêts du bassin du Congo subissent des pressions croissantes. Le modèle exportateur camerounais, articulé autour de cette ressource, devra composer avec les exigences environnementales internationales et les besoins de développement des pays de l’hinterland, dont les économies restent dramatiquement monolithiques.

Entre les chiffres se lit l’urgence d’une diversification que chacun évoque sans jamais véritablement initier. Les ports continuent leur ballet, les grues leurs mouvements hypnotiques. Mais la forêt, elle, ne repousse pas au rythme des conteneurs.

Ben Bagtik

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