Douala, Cameroun
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LE SUCRE DU CAMEROUN A LE GOÛT DU SANG : GRÈVE MORTELLE À LA SOSUCAM

Le 4 février 2025, les champs de canne à sucre de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam) ont pris feu, mais ce ne sont pas seulement les flammes qui ont tout ravagé : c’est la colère des ouvriers, nourrie par des mois de souffrance et de frustration.

À Nkoteng et Mbandjock, la révolte ouvrière s’est transformée en un drame national. Quatre morts, dont un enfant et un policier, des dizaines de blessés par balle, des centaines d’arrestations et 150 hectares de plantations réduits en cendres.

Tout est parti d’une revendication simple : être payé pour son travail. Depuis des mois, les ouvriers dénonçaient des retards chroniques dans le paiement des salaires. Trimer sous le soleil brûlant, se tuer à la tâche dans les plantations pour, au final, ne rien voir arriver sur leur compte. L’argent, lui, ne manquait pas pour les actionnaires du groupe Somdiaa, qui détient 74 % de la Sosucam. Le 3 février encore, alors que les salaires de janvier n’étaient toujours pas versés, les travailleurs ont lancé un ultimatum : ils voulaient être payés, immédiatement.

les grevistes de la sosucam … (generé par AI)

Le lendemain, à l’aube, les ouvriers ont bloqué les accès aux plantations. Plus aucune coupe, plus aucun transport de canne, plus aucune production. Devant les bureaux de la direction, la foule exigeait des réponses. Mais au lieu de discussions, ce sont les forces de l’ordre qui ont été appelées. Tirs de sommation, matraques, gaz lacrymogènes : l’affrontement était inévitable. Un ouvrier s’est effondré sous les balles. Un policier a été pris à partie par une foule furieuse. En quelques heures, la révolte avait embrasé les champs.

Les flammes ont avalé 150 hectares de canne à sucre, réduisant en fumée une partie de la production annuelle de la Sosucam, déjà incapable de couvrir la demande nationale. Ce que les ouvriers n’avaient pas réussi à obtenir par la négociation, ils l’ont imposé par la force.

Sous la pression, la direction a fini par plier. Le 7 février, elle a annoncé une série de mesures sociales, comme un ajustement du taux horaire et une légère augmentation des primes. Désormais, les salaires seront payés le 5 du mois suivant, et des guichets mobiles seront installés pour éviter les longues files d’attente devant les banques. Des miettes, pour certains. “Pourquoi a-t-il fallu attendre des morts pour qu’ils débloquent l’argent ?” s’indigne un ouvrier.

Car si la Sosucam a pu faire ces concessions après la révolte, c’est qu’elle pouvait les faire avant. Depuis des années, les travailleurs dénoncent un système qui privilégie les profits au détriment des salaires. Pendant que les ouvriers patientaient, sans rien à mettre sur la table pour leurs familles, les comptes de l’entreprise affichaient des chiffres en milliards.

Aujourd’hui, les champs sont en cendres, les familles pleurent leurs morts, et la direction appelle au calme. Mais dans les rues de Nkoteng et de Mbandjock, une question résonne encore : combien de temps avant la prochaine explosion ?

Amadou Soulé

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