Le 12 mars 2025 a marqué le lancement officiel des travaux du Projet d’interconnexion des réseaux électriques Cameroun-Tchad (Pirect), suite au versement de 5,4 milliards de FCFA d’indemnisations aux populations affectées par le tracé du premier lot. Cette étape cruciale a permis la libération des emprises nécessaires et donné le coup d’envoi à la phase d’exécution de cette infrastructure majeure pour la sous-région.
Les entreprises indiennes Kalpataru Projects International Limited et Transrail Lighting Limited, contractualisées depuis décembre 2023, ont déjà entamé les premières opérations sur le terrain. Ces travaux comprennent principalement la construction d’une ligne de transport électrique et l’installation de deux postes de transformation 225/30 KV dans les localités de Ntui et Yoko, situées dans la région du Centre du Cameroun. Actuellement, les activités se concentrent sur les abattages, les excavations, la vérification des sols, la confection du béton de convenance ainsi que le démarrage des fondations.
Réparti en trois lots distincts, ce projet ambitieux progresse à un rythme soutenu. Le lot 1, qui représente l’interconnexion entre les réseaux Sud (couvrant sept régions) et Nord (englobant également sept régions), est confié à Kalpataru pour un montant de 74,55 milliards FCFA et affichait un taux d’avancement de 23,9% à la fin décembre 2024. Cette même entreprise assure également la réalisation du lot 2, reliant Yoko à Tibati dans la région de l’Adamaoua, avec un taux de réalisation de 26,72% à la même période. Quant au lot 3, qui s’étend de Tibati à Wouro Soua dans l’Extrême-Nord, il est exécuté par Transrail pour un coût de 43,67 milliards FCFA et présente un taux d’avancement de 15,55%. Au total, les marchés attribués à ces deux entreprises s’élèvent à 119 milliards FCFA, sous la supervision de la Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel) qui assure la maîtrise d’ouvrage pour la partie camerounaise.

Au-delà de sa dimension énergétique, le Pirect intègre un important volet social visant à maximiser les retombées locales du projet. Des initiatives d’autonomisation économique des femmes et des jeunes sont prévues, comprenant des formations, le renforcement des centres de santé, la fourniture d’équipements scolaires et la construction d’infrastructures communautaires. La création d’une bibliothèque technique dédiée aux activités de transport d’électricité fait également partie du programme. Pour financer ces actions connexes, le gouvernement camerounais a contracté un prêt substantiel de 80,5 milliards FCFA.
Les indemnisations des populations impactées représentent une composante essentielle du projet, avec une enveloppe totale estimée à environ 6,5 milliards FCFA pour l’ensemble du tracé au Cameroun. Ces paiements ont débuté dans la localité de Batchenga, qui abrite également le barrage hydroélectrique de Nachtigal, point de départ des 100 premiers mégawatts d’électricité qui seront exportés vers le Tchad à l’horizon 2027. « Le paiement des indemnisations se poursuit pour les personnes n’ayant pas encore pu recevoir leurs chèques pour diverses raisons », précise un cadre du Pirect, soulignant ainsi la volonté des autorités de mener à bien cette phase délicate du projet.
Doté d’un budget global impressionnant de 557,5 milliards FCFA, ce projet bénéficie du cofinancement de deux institutions financières internationales majeures : la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD). Son importance stratégique dépasse largement le cadre bilatéral entre le Cameroun et le Tchad, s’inscrivant dans une dynamique plus large d’intégration énergétique au sein de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Une fois achevé, le Pirect fera du Cameroun le premier pays de la région à exporter de l’électricité vers un voisin, renforçant ainsi son rôle de leader énergétique régional tout en contribuant aux objectifs du Système d’échanges d’énergie électrique d’Afrique centrale (SEEEAC) et de l’Alliance du Sahel.
Cette initiative ambitieuse illustre parfaitement la volonté des États de la sous-région de mutualiser leurs ressources pour répondre aux défis énergétiques communs, tout en créant les conditions d’un développement économique durable et inclusif à l’échelle régionale.
Ben Badjeck

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