Le 11 mars 2025, le Cameroun a finalement publié son rapport ITIE 2022, document crucial pour l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives. Cette publication intervient dans un contexte délicat, le pays ayant été suspendu de ce processus international le 1er mars 2024, suspension qui s’ajoute à son inscription sur la liste grise du GAFI depuis juin 2023.
Après avoir sollicité un délai supplémentaire de dix semaines, le ministère des Mines a dévoilé ce rapport tant attendu. Si cette publication peut être saluée, elle ne suffit pas à sortir le pays de l’ornière. Le Cameroun reste sous la menace d’une nouvelle suspension pour le retard probable du rapport 2023, censé être publié avant fin 2025.
L’analyse du document révèle des lacunes significatives dans la gouvernance du secteur extractif camerounais. Sur les dix-neuf sociétés concernées, seules quinze ont soumis un formulaire de déclaration, et parmi elles, dix n’ont pas fait certifier leurs documents. Plus alarmant encore, seules trois entreprises ont présenté des états financiers audités pour l’exercice 2022.
Cette situation soulève des interrogations légitimes : sur quelle base ces entreprises ont-elles payé leurs impôts ? Comment obtiennent-elles des financements bancaires sans états financiers certifiés ? Ces irrégularités compromettent la fiabilité même du rapport ITIE 2022.
Le contraste est saisissant avec les ambitions affichées par le président Paul Biya lors de son discours du 31 décembre 2024. Le chef de l’État misait alors sur les ressources du secteur minier pour financer les projets de développement du pays, évoquant notamment l’exploitation imminente des gisements de fer de Kribi-Lobe et de la bauxite de Minim-Martap.

Cette opacité dans la gestion des ressources naturelles fait écho au rapport accablant de la Chambre des comptes de la Cour Suprême, qui a émis une opinion défavorable sur le Compte Général de l’État pour 2023, jugeant les états financiers « ni réguliers, ni sincères« .
Les conséquences de cette gouvernance défaillante s’étendent au-delà des rapports techniques. Le maintien du Cameroun sur la liste grise du GAFI décourage les partenaires internationaux sérieux, augmentant les coûts de conformité pour toute transaction avec le pays.
Face à cette situation, le gouvernement camerounais doit intensifier ses efforts pour sortir de l’impasse. Comment expliquer qu’après un an de procédures administratives pour réorganiser le comité ITIE national, les « aléas dans la désignation des représentants de la société civile » aient servi de justification au report de la publication du rapport ? Plus préoccupant encore, le taux d’implémentation des recommandations précédentes reste dramatiquement bas.
L’avenir économique du Cameroun dépend désormais de sa capacité à restaurer la confiance des institutions internationales et des investisseurs par une gouvernance plus transparente de ses richesses naturelles.
Alice Epoupa

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