Douala, Cameroun
Climat Réchauffement climatique

 Le Cameroun face au défi climatique : une stratégie ambitieuse, mais un système à bout de souffle

Dans le concert des nations engagées contre les dérèglements climatiques, le Cameroun affiche ses ambitions avec détermination. Mais entre intentions affichées et capacité réelle d’action, un fossé inquiétant se creuse. La lutte contre le changement climatique, pourtant vitale pour un pays déjà frappé par la désertification, l’érosion côtière et l’insécurité alimentaire, reste prisonnière d’un enchevêtrement de plans, de structures et de discours peu connectés entre eux.

Le gouvernement camerounais s’est fixé pour cap une réduction de 35 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, par rapport à un scénario de référence. Une ambition conditionnée, néanmoins, au soutien financier et technique de la communauté internationale. Dans les faits, ce sont environ 30 milliards de dollars qui seraient nécessaires, selon les estimations, pour espérer atteindre cet objectif. Une somme colossale face aux maigres ressources mobilisées à ce jour.

Ce contraste entre ambitions et moyens disponibles illustre bien l’impasse actuelle. D’un côté, une volonté politique de « verdir » le développement économique – à travers la sédentarisation de l’agriculture, la promotion des énergies renouvelables ou encore la gestion durable des forêts. De l’autre, une administration fragmentée, des stratégies sectorielles désarticulées et des mécanismes de coordination encore trop faibles.

L’arsenal juridique n’est pas en reste. Depuis les années 1990, plusieurs lois ont été adoptées, allant de la protection des plantes à l’interdiction des emballages plastiques de moins de 60 microns. Des véhicules de moins de 10 ans sont exonérés des droits d’accise pour encourager un parc automobile plus propre. Mais ces textes, parfois dépassés ou inappliqués, peinent à produire des effets structurants. En 2023, le taux de déforestation annuel s’élevait encore à plus de 100 000 hectares, selon les données de Global Forest Watch – un signal alarmant qui contredit l’engagement dans l’initiative REDD+.

Le paradoxe se poursuit au niveau institutionnel. On recense aujourd’hui plus d’une dizaine de structures dédiées à l’environnement ou au climat : ministère, comité interministériel, observatoire national, points focaux REDD+, fonds national, etc. Mais leur action souffre d’un mal chronique : la faiblesse de la coordination. Chaque entité fonctionne souvent en silo, sans ligne directrice commune, ni outils efficaces de mutualisation des efforts.

Dans ce chaos organisationnel, les programmes se multiplient, parfois au mépris des évaluations et des leçons du passé. Le Plan national d’adaptation, la stratégie de croissance verte, les programmes de promotion des emplois verts, ou encore le plan d’investissement forestier… autant d’initiatives souvent mal articulées, dépourvues de mécanismes de suivi rigoureux ou de liens avec les plans de développement des collectivités territoriales.

Ce manque de convergence produit des effets concrets : inefficacité des interventions, gaspillage des ressources, découragement des acteurs locaux. Et surtout, une perte de crédibilité face aux bailleurs internationaux, de plus en plus exigeants sur les conditions d’octroi des financements climatiques. Le Cameroun n’a reçu qu’une fraction des fonds escomptés dans sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN), faute de projets bancables bien structurés et d’un appareil institutionnel performant.

Et pourtant, les besoins sont immenses. Selon les projections de la Banque africaine de développement, le coût de l’inaction climatique en Afrique centrale pourrait atteindre jusqu’à 10 % du PIB régional d’ici 2030. Pour un pays comme le Cameroun, où plus de 70 % de la population dépend directement des ressources naturelles, le changement climatique n’est pas une menace abstraite, mais une réalité quotidienne.

Il ne s’agit plus de multiplier les plans sur papier glacé, ni de se contenter d’une posture diplomatique lors des grandes conférences internationales. Il faut recentrer l’action sur les priorités réelles du pays : sécuriser les bassins de production, préserver les ressources en eau, accompagner les paysans dans l’adaptation, structurer les chaînes de valeur autour de l’économie verte.

Mais pour ce faire, le Cameroun devra changer de méthode. Moins de bureaucratie, plus de résultats. Moins de fragmentation, plus de clarté dans les responsabilités. Moins de discours, plus d’actions concrètes à l’échelle locale. Il ne suffit plus de proclamer une « croissance verte » ou une « résilience climatique ». Il faut en donner les moyens aux acteurs de terrain, rétablir la confiance avec les partenaires et surtout – prendre la mesure du temps qui presse.

Car pendant que les rapports s’empilent dans les ministères, la savane recule, les rivières s’assèchent, et les communautés attendent des réponses. Le climat, lui, n’attendra pas.

Claude Mballa

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