Dans les couloirs silencieux de l’Université de Dschang, quatre mémoires de recherche jaunissent doucement sur les étagères. Ces documents, fruits de deux années d’études méticuleuses, contiennent une vérité qui aurait pu éviter une tragédie. Le 5 novembre 2024, alors que la falaise de Dschang s’effondrait dans un grondement sourd, emportant avec elle des vies innocentes, ces pages semblaient hurler leur « nous vous avions prévenus. »
Sous la direction éclairée du Professeur Bertille Ilalie Manefouet Kentsa, géologue et experte en géotechnique, quatre jeunes chercheurs avaient minutieusement ausculté les entrailles de cette falaise traîtresse. Leurs conclusions, aujourd’hui prophétiques, dressaient un portrait sans ambiguïté des dangers qui menaçaient.
« L’eau représente le danger le plus agressif de dégradation des sols, » avait écrit Dilanne Djeumeni Kenfack dans son mémoire de 2022. Ses recommandations résonnent aujourd’hui comme un testament ignoré : reprofilage des talus, ouvrages de soutènement, dispositifs de drainage profond. Des solutions simples, pratiques, réalisables. Des solutions qui auraient pu éviter le pire.
Les voix s’étaient multipliées. Dilane Azebaze Yimgang avait souligné l’urgence d’études géophysiques approfondies. Dochelle Linda Ngannou Kangmo avait identifié des zones de glissement potentiel. Roméo Ducros Kamdem Kamgang avait proposé des solutions techniques détaillées, notamment la construction de murs de gabions et l’aménagement de canalisations.
« Le facteur de sécurité calculé montre que les talus du tronçon routier Dschang-Santchou sont instables dans le cas d’un glissement plan, » avait averti l’un des chercheurs. Une conclusion claire, précise, scientifique. Une conclusion ignorée.
Le Prix du Silence
Dans le monde universitaire, on parle souvent du fossé entre la recherche et l’action. À Dschang, ce fossé s’est transformé en gouffre, avalant des vies qui auraient pu être sauvées. Ces quatre mémoires n’étaient pas de simples exercices académiques ; ils représentaient une feuille de route vers la sécurité, un plan d’action précis pour éviter la catastrophe.

Le Professeur Kentsa et ses étudiants n’avaient pas seulement identifié les risques ; ils avaient fourni des solutions pratiques, chiffrées, réalisables. Des murs de soutènement, des systèmes de drainage, des techniques de stabilisation des sols. Autant de mesures qui auraient pu transformer le destin de cette route maudite.
Aujourd’hui, alors que l’Université de Dschang met en place une Task force d’urgence, ces quatre jeunes chercheurs et leurs travaux précurseurs reviennent sur le devant de la scène. Une reconnaissance tardive, teintée d’une amère ironie. Leurs recherches, jadis reléguées aux archives, deviennent soudain la pierre angulaire des efforts de compréhension et de reconstruction.
« Nous devons investir dans la vulgarisation scientifique, » déclarent aujourd’hui les autorités universitaires. Une évidence qui arrive trop tard pour les victimes de la falaise, mais qui pourrait sauver des vies à l’avenir.
Un Héritage pour l’Avenir
La tragédie de Dschang n’est pas seulement l’histoire d’un glissement de terrain meurtrier. C’est le récit d’une société qui n’écoute pas ses scientifiques, d’un système qui relègue la recherche académique aux oubliettes jusqu’à ce que le désastre frappe.
Ces quatre mémoires de recherche, désormais témoins silencieux d’une catastrophe annoncée, portent en eux une leçon cruciale : la science n’est pas un luxe académique, c’est un outil de survie. À Dschang, cette leçon a été écrite avec le sang des victimes. Reste à espérer qu’elle ne sera pas oubliée une seconde fois.
À l’heure où les autorités promettent des études géotechniques et des mesures de sécurisation, les travaux de ces quatre jeunes chercheurs rappellent que parfois, les solutions sont déjà là, attendant simplement d’être entendues. La vraie tragédie de Dschang n’est peut-être pas tant dans l’effondrement d’une partie de la falaise Dschang que dans notre incapacité collective à écouter ceux qui nous mettent en garde contre les dangers qui nous guettent.
Cyprien Onana

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