Douala, Cameroun
Santé Sida

LA CRISE SILENCIEUSE : LE COMBAT DU CAMEROUN CONTRE LE VIH PEDIATRIQUE

Dans les couloirs de l’hôpital central de Yaoundé, Aminata* (*le prénom a été changé) serre contre elle son fils de quatre ans. Comme des milliers d’autres enfants camerounais, il fait partie d’une génération prise dans l’étau d’une épidémie qui refuse de céder : le VIH pédiatrique. Une réalité glaçante se cache derrière les statistiques officielles : 31% des décès liés au VIH au Cameroun concernent des jeunes de moins de 19 ans.

« Nous perdons une bataille que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre« , confie un médecin sous couvert d’anonymat. Malgré les avancées significatives dans la lutte contre le VIH au Cameroun, un chiffre résonne comme un échec retentissant : seuls 78,4% des enfants exposés et infectés reçoivent un traitement. Cette statistique, apparemment encourageante, masque une réalité plus sombre : plus d’un enfant sur cinq n’a toujours pas accès aux soins vitaux.

Le gouvernement camerounais a récemment déployé la première phase de la Couverture Santé Universelle (CSU), présentée comme une solution miracle. Le Dr Malachie Manaouda, ministre de la Santé, affirme que cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant l’élimination totale des frais liés au VIH/SIDA d’ici 2030.

un enfant guerit du vih pédiatrique

Notre enquête révèle cependant des failles importantes dans ce système. Si la CSU couvre théoriquement 70% des soins liés au VIH/SIDA, les obstacles restent nombreux : stigmatisation, difficultés d’accès aux centres de soins dans les zones rurales, et ruptures de stock de médicaments. Derrière les chiffres se cachent des histoires poignantes. Des adolescents qui, par peur de la stigmatisation, arrêtent leur traitement. Des mères qui parcourent des dizaines de kilomètres pour obtenir des médicaments. Des familles qui doivent choisir entre nourrir leurs enfants ou payer leurs traitements.

 Entre promesses et défis

Le Professeur Alexis Ndjolo, directeur général du CIRCB (Centre International de Référence Chantal Biya), tire la sonnette d’alarme sur un danger plus insidieux : la pharmaco-résistance. « Nous observons une augmentation inquiétante des cas de résistance aux traitements, particulièrement chez les enfants« , révèle-t-il lors  de la 20ème session ordinaire du Conseil scientifique international de virologie.

Le Cameroun s’est fixé des objectifs ambitieux : atteindre les cibles 95-95-95 en pédiatrie d’ici 2025 et éliminer le SIDA chez les enfants et adolescents d’ici 2030.

Malgré ces défis, des lueurs d’espoir émergent. La gratuité des consultations pour les enfants de 0 à 5 ans, la prise en charge des complications de grossesse à 6000 FCFA, et l’intégration progressive des services VIH dans le système de santé général montrent qu’un changement est possible. Mais le temps presse. Chaque jour de retard dans la mise en œuvre effective des solutions se traduit par des vies d’enfants en danger. La question n’est plus de savoir si le Cameroun peut gagner cette bataille, mais s’il peut se permettre de la perdre.

cyprien Onana

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