Dans les bureaux feutrés de Yaoundé, une horloge invisible égrène les dernières heures d’un compte à rebours qui pourrait sceller le destin minier du Cameroun. Le pays, jadis considéré comme l’un des piliers de l’Afrique centrale, se trouve aujourd’hui au bord d’un précipice dont les parois sont faites de secrets trop longtemps gardés et de promesses non tenues.
En mars 2024, le couperet est tombé : le Cameroun est en sursis. Il est suspendu de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), un organisme international qui veille sur l’exploitation des ressources naturelles comme un gardien bienveillant mais intransigeant.
En effet, depuis le 1er mars 2024, le Cameroun n’est plus un partie prenante du processus de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). La décision suspendant le pays de l’Afrique centrale « jusqu’à sa prochaine validation », est contenue dans un communiqué rendu public le même jour par cette institution, qui joue un rôle d’arbitrage dans le secteur extractif à l’échelle planétaire. Le principal reproche fait au Cameroun est l’insuffisance efforts « dans l’engagement de la société civile » et surtout la persistance des contraintes imposées par le gouvernement sur la liberté d’expression et la liberté d’association de la société civile.

il faut rappeler que ce n’est pas la première fois que le pays trébuche sur le chemin de la transparence, mais cette fois-ci, l’enjeu est plus crucial que jamais.
« C’est comme si nous jouions une partie d’échecs avec notre propre avenir« , confie sous couvert d’anonymat un haut fonctionnaire camerounais. « Chaque pièce que nous déplaçons doit être calculée, mais le temps nous est compté. »
le spectre de la radiation
Cette suspension qui risque d’être definitive si rien n’est fait. Une radiation. cette fois -ci, le pays a jusqu’au 31 décembre 2024 pour lever le voile sur ses zones d’ombre : contrats pétroliers, licences gazières, concessions minières – tout doit être mis sur la table. La Société nationale des hydrocarbures (SNH), la Sonara, la Sonamines, ces géants publics qui ont longtemps opéré dans une semi-pénombre, doivent désormais justifier chaque franc CFA qui échappe au Trésor public.
Mais l’histoire prend un tournant encore plus sombre avec l’affaire Glencore, tel un spectre qui hante les couloirs du pouvoir. Sept milliards de francs CFA – c’est le prix présumé de la corruption qui aurait graissé les rouages des négociations pétrolières. À Londres, un procès s’éternise, tandis qu’à Yaoundé, le Tribunal criminel spécial aiguise ses armes.
« Les investisseurs fuient l’opacité comme la peste« , explique Youmssi Bareja, expert en mines et pétrole. « Une radiation de l’ITIE serait comme apposer un sceau d’infamie sur notre économie. Seuls les moins regardants – entendez la Chine et l’Inde – continueraient à nous faire confiance. »
Dans ce tableau aux teintes crépusculaires, le Cameroun joue sa dernière carte. Les organisations de la société civile, tenues à distance par un gouvernement qui semble préférer le monologue au dialogue, retiennent leur souffle. Le pays parviendra-t-il à redresser la barre avant que minuit ne sonne le 31 décembre 2024 ?
L’histoire du Cameroun nous rappelle que dans le monde des industries extractives, la transparence n’est pas qu’une vertu – c’est une nécessité vitale. Alors que le pays se débat dans les eaux troubles de la gouvernance, une question demeure : le prix de l’opacité n’est-il pas finalement plus élevé que celui de la vérité ?
Dans les rues de Yaoundé, le soleil continue de briller sur les façades des ministères, ignorant la tempête qui gronde dans leurs entrailles. Pour le Cameroun, l’heure n’est plus aux demi-mesures : c’est la transparence, ou le chaos minier.
Mireille Tchoumnou

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