Douala, Cameroun
Agriculture Monde rural

KOURBI : UNE RÉVOLTE POPULAIRE CONTRE L’IMPOSITION DU PARC NATIONAL « MA MBED MBED »

Le 7 février 2025, un événement d’une gravité inédite a secoué la localité de Kourbi, située dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Les populations locales, en colère, ont séquestré le Gouverneur, le préfet du Mayo Kani et leurs états-majors respectifs. Cette manifestation radicale est le résultat direct d’une profonde frustration engendrée par la publication d’un décret du Premier Ministre portant création du parc national « Ma Mbed Mbed ».

Ce décret, perçu comme une décision unilatérale et arbitraire, a suscité de vives tensions. L’absence de consultation des populations concernées et le manque de considération des enjeux locaux ont alimenté une contestation massive. La création du parc menace l’accès aux terres arables et aux ressources naturelles, dans une région déjà marquée par des rivalités foncières entre éleveurs et agriculteurs. Dans un contexte où l’économie locale repose largement sur l’exploitation de ces terres, cette décision a été perçue comme un affront insupportable.

Au-delà des problèmes fonciers, une autre controverse majeure est apparue : le choix du nom du parc. Selon une interprétation non certifiée, « Ma Mbed Mbed » signifierait « incirconcis » en langue locale, une dénomination jugée offensante et stigmatisante par les populations concernées. Ce détail, bien que linguistique, a ravivé un sentiment d’exclusion et de mépris envers une communauté locale, alimentant davantage la révolte.

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) s’est élevé contre cette gestion chaotique du dossier, dénonçant un manque flagrant de considération pour les droits et la dignité des populations locales. Tout en reconnaissant l’importance de la préservation de l’environnement et la protection des espèces menacées, le parti estime que ces objectifs ne doivent pas être poursuivis au détriment des communautés vivant sur ces terres depuis des générations.

les populations de la zone souffrent à cause des éléphnats

Face à la gravitation de la crise, une solution concertée semble impérative. Il est urgent que le Premier Ministre Dion NGUTE reconsidère son décret et engage un dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes. Une alternative viable pourrait être la création d’un corridor écologique pour les éléphants, à l’instar du modèle de Logone Birni, où les populations ont progressivement appris à cohabiter avec ces animaux emblématiques. La mise en place d’une équipe interministérielle chargée de trouver une solution concertée pourrait être une voie de sortie de crise efficace.

Le dénouement de la situation à Kourbi, sans effusion de sang, est un élément à saluer. La réaction mesurée des autorités locales a permis d’éviter un drame similaire à celui qui avait plongé les régions anglophones du pays dans un conflit prolongé. Cette gestion plus apaisée des tensions sociales marque peut-être un tournant dans l’approche du maintien de l’ordre au Cameroun.

Alors que les revendications persistent, une seule certitude demeure : ignorer la colère légitime des populations ne fera qu’aggraver la fracture entre l’État et ses citoyens. Un dialogue sincère et inclusif est la seule voie viable pour désamorcer cette crise et garantir une paix durable dans cette région déjà fragilisée par de nombreuses tensions.

Cyprien Onana

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