Dans la région du Sud du Cameroun, le gisement de fer de Grand-Zambi, porté par G-Stones Resources S.A., promettait de transformer l’économie nationale. Avec des réserves estimées à 150 millions de tonnes et une contribution potentielle de 2 % au PIB, ce projet ambitieux devait marquer l’entrée du Cameroun dans le cercle des grands exportateurs de fer.
Pourtant, à l’aube de 2025, l’enthousiasme s’effrite : les premières exportations, initialement prévues pour décembre 2024, puis repoussées à juin 2025, sont désormais annoncées pour août 2025, un décalage de deux mois supplémentaire qui soulève des questions sur la viabilité du projet.
Ce retard, attribué à la finalisation de l’unité d’enrichissement, reflète des défis logistiques, économiques et environnementaux qui pourraient compromettre ce rêve d’industrialisation.
Située dans les arrondissements d’Akom II et Bipindi, la mine à ciel ouvert de Grand-Zambi, exploitée par G-Stones, filiale du groupe Bocom dirigé par le milliardaire camerounais Dieudonné Bougne, a déjà extrait 600 000 tonnes de minerai brut, stockées sur site, comme constaté par le ministre par intérim des Mines, Fuh Calistus Gentry, le 26 avril 2025. L’unité d’enrichissement, clé pour transformer ce minerai en concentré exportable, est en phase finale de construction, mais son retard a repoussé le calendrier. Éric Igor Ngantchou, chef de division chez Bocom, a confirmé que la transformation débutera fin juin 2025, visant des exportations via le port de Kribi entre fin août et début septembre 2025. Ce port, bien que dépourvu d’un terminal minéralier dédié, s’appuiera sur son terminal polyvalent pour les premières cargaisons, avec un objectif de trois à quatre navires par mois, selon le directeur Patrice Melom.

L’impact économique du projet est indéniable. Avec plus de 1 000 emplois directs et 3 000 indirects prévus, Grand-Zambi pourrait dynamiser une région économiquement marginalisée. Les taxes et redevances minières promettent des revenus substantiels pour l’État, dans un contexte où la dette publique s’alourdit, avec 242,9 milliards FCFA contractés au premier trimestre 2025. Pourtant, des ombres planent. Un post sur X du 4 juin 2025 par @InfoRelufa alerte sur la chute des prix mondiaux du fer, due à une faible demande chinoise, principal marché visé. Cette volatilité menace la rentabilité, un risque que le Pr. Youssouf Nvuh Njoya qualifie de « malédiction des ressources naturelles », où les promesses économiques s’évanouissent face aux aléas du marché.
Les défis logistiques ne sont pas moindres. Bien que G-Stones ait construit une route de 7,5 km pour relier la mine au port, l’absence d’un terminal minéralier dédié à Kribi limite les capacités d’exportation. Patrice Loumou, responsable au port, assure que le terminal polyvalent est prêt, mais la construction d’un terminal spécialisé reste en cours, un investissement crucial pour absorber les 2 millions de tonnes de concentré visées annuellement. De plus, l’approvisionnement énergétique pose problème. Une centrale de 20 à 30 MW est prévue, mais la dépendance à ENEO et la nécessité de sources alternatives soulignent les incertitudes infrastructurelles.

Le contexte régional ajoute une couche de complexité. Les tensions liées aux ressources, comme l’attaque de Benabinge en mars 2025, où des éleveurs nigérians ont déplacé 180 personnes, rappellent que l’exploitation minière peut exacerber les conflits locaux si les communautés ne bénéficient pas équitablement des retombées. À Grand-Zambi, l’indemnisation et la relocalisation des populations locales ont été des obstacles, bien que G-Stones affirme privilégier l’emploi local. Sans une gouvernance transparente et un dialogue inclusif, le projet risque de susciter des tensions sociales.
Alors que le Cameroun ambitionne de faire du secteur minier un moteur de croissance post-pétrolier, avec 15 projets prévus d’ici 2027, Grand-Zambi incarne à la fois l’espoir et les écueils d’une industrialisation naissante. Les retards, les fluctuations du marché et les défis logistiques exigent une gestion rigoureuse pour éviter que ce rêve de fer ne s’effrite sous le poids des incertitudes.
Arielle Magoum

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