Douala, Cameroun
Climat Recyclage

Gestion des déchets urbains au Cameroun : vers une réforme structurelle du système actuel

À quelques jours des États généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains prévus les 6 et 7 mai 2025 à Yaoundé, la question de l’insalubrité dans les villes camerounaises se pose avec acuité. Alors que le pays fait face à une crise environnementale sans précédent, ces assises apparaissent comme une opportunité de repenser en profondeur la politique nationale de gestion des déchets.

Pour Simon Ngambi, président du Syndicat National Autonome des Professionnels de l’Assainissement du Cameroun (SYNAPRAC), la tenue de ces états généraux représente « une véritable opportunité pour le secteur de la gestion des déchets et pour l’assainissement de nos villes ». Si certains y voient uniquement « une autre occasion de se retrouver pour bavarder inutilement et de dilapider l’argent du contribuable », le rudologue salue néanmoins l’approche participative adoptée par le gouvernement.

« Ce sera une opportunité d’opérer un réel diagnostic à froid sur le sujet avant de prendre des engagements ou des résolutions », explique-t-il, soulignant l’importance de « distribuer les ressources aux réels acteurs qui œuvrent au quotidien pour la gestion durable des déchets ».

la gestion chaotique des ordures au Cameroun

Le tableau qu’il dresse de la situation actuelle est peu reluisant. « Le système de gestion des déchets actuel est quasi linéaire avec peu ou pas suffisamment d’opérations de valorisation », déplore le spécialiste. Selon lui, les principaux bénéficiaires des financements étatiques « n’œuvrent pas à la valorisation des déchets », se contentant de les collecter dans les zones accessibles avant de les transporter sur de longues distances pour les enfouir dans des décharges.

Ce modèle présente de nombreuses lacunes, à commencer par son inefficacité. « On ne collecte qu’environ 40% des déchets réellement produits », révèle Simon Ngambi. À cela s’ajoute la problématique des infrastructures, puisque « des villes comme Douala et Yaoundé ne disposent que d’une seule décharge, ce qui alourdit les dépenses en carburant et en temps ».

Autre point critique : l’absence de valorisation. « Ces déchets sont à 97% valorisables », rappelle le président du SYNAPRAC. La fraction putrescible, qui représente environ 70% des déchets urbains, n’est pratiquement pas exploitée. Pendant ce temps, les récupérateurs informels, les pré-collecteurs et les petits recycleurs, qui constituent pourtant le socle de l’économie circulaire locale, « ne bénéficient que peu ou pas de financement ».

L’inégalité spatiale dans la distribution des points de collecte aggrave encore la situation. « Alors que les quartiers structurés bénéficient des bacs à ordures bien disposés, les quartiers périphériques et mal lotis, pauvres en voirie, n’en disposent que très peu », observe le rudologue. Cette disparité pousse de nombreux ménages à se débarrasser de leurs déchets dans des « exutoires inappropriés » comme les cours d’eau, les caniveaux ou la voie publique.

La gouvernance du secteur souffre également d’un manque de cohérence. « Les rôles et responsabilités sont redondants pour les différents acteurs », constate Simon Ngambi. La loi confère la gestion des déchets à la fois aux communes et aux communautés urbaines, tandis que plusieurs ministères (MINHDU, MINEPDED, MINDDEVEL) interviennent chacun de leur côté. « Cette absence de synergie d’action accroît les dépenses et affaiblit les efforts », déplore-t-il.

Face à ces défis, le président du SYNAPRAC préconise une série de mesures concrètes. Il recommande notamment « le renforcement des pouvoirs et ressources des maires d’arrondissement pour une gestion de proximité » et plaide pour une revalorisation économique des déchets. « La ferraille, l’aluminium, le verre, le plastique PET, les ossements, les D3E… sont triés y compris à la source car il existe des filières pour les valoriser », rappelle-t-il, tout en soulignant le potentiel inexploité des déchets fermentescibles.

Le spécialiste appelle également à « renforcer les moyens techniques, technologiques et financiers des petits recycleurs locaux » et à « réorienter les financements vers les acteurs de la pré-collecte et de la valorisation ». La formation des populations à la gestion durable de leurs déchets figure aussi parmi ses priorités.

Le SYNAPRAC, qui regroupe plus de 200 organisations (PME, associations, GIC) et personnes physiques œuvrant dans le secteur, entend jouer un rôle actif dans cette transformation. Avec le soutien de la Fondation Friedrich Ebert, le syndicat mène des actions de renforcement des capacités sur diverses thématiques comme « le droit et la sécurité au travail, l’entreprenariat vert et l’économie circulaire, la réalisation des plaidoyers ».

À l’approche des États généraux, l’espoir demeure que « les voix seront réellement entendues et que contrairement aux précédentes assises, des résolutions pouvant se traduire par des actions concrètes seront prises ». L’avenir de la SYNAPRAC au Cameroun dépendra largement de la volonté politique de transformer ce rendez-vous en véritable catalyseur de changement.

Arielle Magoum

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