Douala, Cameroun
Climat Météorologie

Face au chaos climatique, le Cameroun forge son bouclier financier

Dans le silence fracassant des inondations, des glissements de terrain et des sécheresses récurrentes, le Cameroun vient de poser un acte fondateur : une Stratégie de Financement des Risques de Catastrophe (SFRC) à la hauteur de ses vulnérabilités. En une décennie, ces fléaux naturels ont redessiné la géographie de la souffrance, emportant des vies, détruisant des récoltes, déplaçant des milliers de familles, laissant derrière eux des cicatrices indélébiles dans l’économie nationale. Désormais, le pays entend ne plus subir, mais anticiper.

Cette nouvelle stratégie, pensée dans l’urgence mais conçue avec rigueur, marque un tournant dans la manière dont le Cameroun aborde les désastres. Avec une ambition sans précédent, elle vise à mobiliser entre 95 et 237 millions de dollars tous les cinq ans pour construire un rempart financier contre les catastrophes climatiques. Un effort titanesque, certes, mais indispensable dans un contexte où, selon l’UNDRR, plus de 120 000 personnes sont affectées chaque année par les inondations, entraînant des pertes économiques avoisinant parfois les 350 millions de dollars.

Jusqu’ici, les réponses étaient morcelées, souvent tardives, et fondées sur une logique réactive. L’État mobilisait annuellement près de 158 millions de dollars, mais l’essentiel des ressources était orienté vers la prévention, au détriment de la capacité d’intervention rapide. Ce déséquilibre structurel laissait le pays constamment en retard d’une catastrophe. La SFRC vient rompre avec cette inertie en introduisant un cadre intégré, où la stratification du risque, la responsabilité de l’État et la décentralisation des réponses forment l’ossature d’un nouveau pacte national de résilience.

la bataille du changement climatique au Cameroun manque des moyens financiers

L’innovation la plus audacieuse réside dans la diversité des instruments mobilisables. À côté des outils budgétaires classiques – crédits d’urgence, fonds spéciaux, décrets d’avance – apparaissent des mécanismes jusque-là inexplorés au Cameroun : assurances souveraines contre les catastrophes, obligations catastrophes, microassurances pour les plus vulnérables, financements adossés à la protection sociale. C’est toute une architecture financière qui se redessine pour mieux coller à la réalité d’un pays frappé de plein fouet par la crise climatique.

Cette mutation est encadrée juridiquement par une loi sur la protection civile, entrée en vigueur en décembre 2024. Elle balise clairement la chaîne de responsabilité, de la Présidence de la République jusqu’aux autorités locales, en passant par les ministères stratégiques. Car en situation de crise, chaque minute compte, et chaque décalage décisionnel peut se mesurer en vies perdues.

le dereglement climatique sape les efforts économiques au Cameroun

La stratégie repose aussi sur quatre piliers opérationnels. D’abord, dégager des marges budgétaires sans fragiliser les équilibres macroéconomiques. Ensuite, impliquer le secteur privé, car aucun État, aussi volontaire soit-il, ne peut seul porter le fardeau d’un dérèglement climatique global. Puis, renforcer les institutions chargées de la réduction des risques, pour qu’elles passent de la réaction à la prévision. Enfin, améliorer la coordination et le suivi des investissements, afin que chaque dollar dépensé sauve effectivement des vies et des moyens de subsistance.

Mais un obstacle persiste : l’insuffisance criante des données fiables sur les catastrophes. Les rapports se contredisent, les statistiques se perdent dans des silos institutionnels, et l’État, faute d’indicateurs robustes, peine à évaluer l’ampleur réelle des pertes et à calibrer ses réponses. Pour être efficace, la SFRC devra donc s’accompagner d’une révolution de l’information.

Ce que le Cameroun propose n’est pas qu’un plan financier ; c’est un changement de philosophie. Un passage de la fatalité à la maîtrise, du sauvetage improvisé à l’anticipation éclairée. Dans un monde en surchauffe, où les catastrophes deviennent la norme, le Cameroun montre que même les pays aux ressources limitées peuvent se doter d’outils à la hauteur des défis planétaires. Un acte de courage stratégique, peut-être le plus grand du XXIe siècle pour une nation exposée, mais désormais déterminée à résister.

Cyprien Onana

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