Au cœur de l’Afrique centrale, une révolution silencieuse est en marche. Alors que le bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale au monde, fait face à des menaces croissantes, une solution ancestrale modernisée pourrait bien être la clé de sa survie : l’agroécologie.
Les chiffres sont alarmants : selon la FAO, l’agriculture est responsable de 75% de la déforestation en Afrique. Une réalité qui place le continent face à un dilemme existentiel : comment nourrir une population croissante tout en préservant son patrimoine forestier ? L’agroécologie, qui « vise à optimiser les interactions entre les plantes, les animaux, les humains et l’environnement », pourrait apporter une réponse à cette équation complexe.
« Les systèmes de production agricole très intensifs en intrants et en ressources externes montrent progressivement leurs limites« , souligne le rapport préparatoire du forum sous le terme « Agroécologie : pour la durabilité des systèmes alimentaires et la préservation des forêts du bassin du Congo ». C’est le
thème d’un forum régional multi-acteurs prévu du 18 au 20 novembre 2024 à Yaoundé, au Cameroun.
Ces méthodes conventionnelles, héritées de la révolution verte, sont aujourd’hui pointées du doigt pour leur responsabilité dans la « déforestation massive, la pénurie et la pollution de l’eau, la perte de biodiversité, l’épuisement des sols et les émissions de gaz à effet de serre.«
Paradoxalement, alors que l’agroécologie gagne en reconnaissance mondiale, elle reste méconnue dans le bassin du Congo, malgré sa proximité avec les pratiques agricoles traditionnelles locales. Des études récentes menées au Cameroun et en République démocratique du Congo révèlent un vide juridique et institutionnel préoccupant. L’absence d’un cadre réglementaire spécifique freine la diffusion de ces pratiques durables, tandis que les initiatives existantes souffrent d’un manque de coordination.

Pourtant, l’espoir persiste. Des organisations de la société civile aux institutions de recherche, en passant par les producteurs locaux, un mouvement de fond se dessine. Le forum de Yaoundé est arrivé à point nommé pour catalyser ces énergies dispersées et « créer un cadre multi-acteurs de réflexion et d’échange« , selon ses organisateurs.
L’enjeu dépasse largement les frontières du Cameroun. Dans un contexte de triple crise – climatique, biodiversité et pollution – l’agroécologie représente plus qu’une alternative agricole : c’est une réponse systémique aux défis de notre temps. Elle propose un modèle qui réconcilie production alimentaire, préservation environnementale et justice sociale.
Le succès de cette transition agroécologique dans le bassin du Congo pourrait servir de modèle pour d’autres régions tropicales confrontées à des défis similaires. Mais pour cela, il faudra transformer l’essai : passer des initiatives isolées à une politique cohérente, des projets pilotes à une mise à l’échelle ambitieuse. Le forum de Yaoundé représente une étape cruciale dans cette transformation. Le bassin du Congo, poumon vert de l’Afrique, retient son souffle.
PATRICE MOTH

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