Le silence des vastes plaines de l’Extrême-Nord camerounais a été brutalement rompu par un drame. Le 1er décembre 2024, M. GNOMO GONGA Blaise a perdu la vie, victime de la charge d’un éléphant dans l’arrondissement de Kalfou. Ce décès tragique, au-delà du deuil qui frappe sa famille et sa communauté, met une fois de plus en lumière la complexité du conflit Homme-Faune, un défi environnemental et sociétal que le pays peine à maîtriser.
Face à cette perte irréparable, le ministre des Forêts et de la Faune a exprimé sa profonde compassion et présenté les condoléances de son département ministériel. Mais au-delà des mots, l’urgence impose des actes. Depuis plusieurs années, les migrations saisonnières des éléphants, exacerbées par les bouleversements climatiques et l’urbanisation galopante, plongent les populations locales dans l’incertitude et la peur. Ces mastodontes, en quête de nourriture et d’eau, voient leurs itinéraires historiques entravés par l’expansion humaine, les amenant à dévaster cultures et habitations, parfois au prix de vies humaines.
Cette situation est le résultat d’un enchevêtrement de facteurs : la sécheresse persistante, les inondations imprévisibles et l’amenuisement des espaces sauvages sous la pression démographique. Dans cette spirale où l’homme et la nature s’affrontent, le gouvernement tente de poser des jalons pour une cohabitation plus apaisée. La création du Parc national de Ma Mbed Mbed, dans le département du Mayo-Kani, s’inscrit dans cette logique. En offrant un sanctuaire aux éléphants, cette réserve ambitionne de réduire les incursions de ces géants dans les zones habitées.

Toutefois, la mise en place d’aires protégées ne saurait, à elle seule, constituer une réponse suffisante. Conscient des limites de cette approche, le ministère des Forêts et de la Faune multiplie les initiatives pour juguler l’escalade des conflits. Les opérations de refoulement, menées par les agents forestiers, ainsi que les battues administratives en cas de menace avérée sur les populations, font partie de l’arsenal déployé. Par ailleurs, une réglementation plus stricte est en gestation, visant à encadrer ces interventions et à garantir la sécurité des habitants tout en préservant la biodiversité.
Le récent drame de Kalfou rappelle avec acuité la nécessité d’une action immédiate. À court terme, le gouvernement prévoit le renforcement des campagnes de sensibilisation pour inciter les populations à adopter des comportements prudents face aux éléphants. Dans l’immédiat, le Délégué Régional des Forêts et de la Faune de l’Extrême-Nord supervisera le refoulement des pachydermes de la zone sinistrée. Une mobilisation exceptionnelle de 30 gardes forestiers a également été décidée pour sécuriser les villages les plus exposés.
Au-delà des mesures d’urgence, la question du conflit Homme-Éléphant interpelle sur la nécessité d’une vision à long terme. La loi du 24 juillet 2024, récemment adoptée, constitue une avancée majeure dans la gestion des dégâts causés par la faune sauvage. Mais sa mise en œuvre nécessitera des moyens conséquents, une coordination accrue entre les différents acteurs et une implication active des communautés locales. Car si la nature suit son cours, c’est aux hommes d’apprendre à coexister avec elle, en trouvant un équilibre où ni les éléphants ni les populations ne paieront le prix fort de cette cohabitation fragile.
À Kalfou, les stigmates de la tragédie sont encore visibles. Mais derrière la douleur, une question demeure : comment transformer cette épreuve en un tournant décisif pour une meilleure gestion du patrimoine naturel du Cameroun ? Le temps presse, et les réponses doivent être à la hauteur des enjeux.
Alice Epoupa

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