Douala, Cameroun
Climat Réchauffement climatique

Catastrophes naturelles au Cameroun : Enquête sur un pays au bord de la rupture

Dans les coulisses du quotidien camerounais, un drame silencieux se joue à ciel ouvert. À chaque saison de pluies, les eaux débordent et engloutissent les espoirs. À chaque glissement de terrain, c’est un pan de vie qui s’effondre. Dans les plaines assoiffées du Nord, la sécheresse ne tue pas d’un coup, mais lentement, par la faim et l’exode. Et pendant que la population endure, une question dérange : le Cameroun est-il réellement prêt à affronter la multiplication des catastrophes naturelles ?

Entre 2019 et 2024, selon les données officielles de l’ONACC, plus de 311 000 personnes ont été directement affectées par des événements climatiques extrêmes. Mais ces chiffres, pourtant effrayants, cachent une réalité plus complexe. Des dizaines de rapports institutionnels et de témoignages recueillis sur le terrain convergent vers une même conclusion : le système national de prévention et de réponse aux catastrophes est fragmenté, sous-financé, et souvent réactif plutôt que préventif.

À Maroua, dans l’Extrême-Nord, les inondations de septembre 2023 ont laissé derrière elles des quartiers entiers dévastés. Les sinistrés, entassés dans des abris de fortune, ont attendu des jours avant de recevoir une aide minimale. « On nous a distribué du riz et des matelas après trois semaines », raconte Ali Moussa, un agriculteur déplacé. « Mais mes terres sont toujours sous l’eau. Personne ne nous dit quoi faire. » Ce manque de coordination est dénoncé jusque dans les services techniques. Un agent du ministère de l’Administration territoriale, sous couvert d’anonymat, parle de « cafouillage permanent » : « Chaque catastrophe relance le même cycle de confusion. Il n’y a pas de mécanisme clair de gestion rapide des urgences. Les fonds d’intervention arrivent trop tard, et souvent, ils sont mal répartis. »

éboulements

Et pourtant, l’État camerounais n’est pas resté inactif. En décembre 2024, une loi sur la protection civile a été promulguée pour structurer la chaîne d’intervention en cas de catastrophe. Plus récemment, le gouvernement a lancé une ambitieuse Stratégie de Financement des Risques de Catastrophe (SFRC), visant à mobiliser jusqu’à 142 milliards FCFA (237 millions USD) sur cinq ans. Une initiative saluée sur le papier, mais dont l’opérationnalisation reste à démontrer. Sur le terrain, les comités locaux de gestion des risques, censés être des relais de première urgence, peinent à exister faute de moyens et de formation.

L’enquête révèle également une autre faille systémique : l’absence de données fiables. À Yaoundé, plusieurs directions techniques admettent des divergences profondes entre les chiffres produits par l’ONACC, la protection civile et les ministères sectoriels. « Comment voulez-vous anticiper une catastrophe si vous n’avez pas une cartographie claire des zones à risques ? » déplore une source au sein du ministère de l’Économie. Ce déficit informationnel fragilise la planification, ralentit la réponse et alimente la méfiance entre les institutions et les populations.

inondations

Et pendant ce temps, le climat, lui, ne fait pas de pause. D’après les projections, les températures pourraient augmenter de 1,1 à 1,7 °C d’ici 2050, intensifiant les phénomènes extrêmes. Des événements jusqu’alors qualifiés d’exceptionnels pourraient devenir la norme. Le FMI estime que, dans le scénario d’une catastrophe majeure survenant tous les 25 ans, les besoins du Cameroun grimperaient à 425 milliards FCFA (708 millions USD). Une somme faramineuse, qui interroge la soutenabilité budgétaire du pays.

Au cœur de cette enquête, une certitude émerge : sans un sursaut stratégique, le Cameroun restera un pays en état d’alerte permanent, rattrapé à chaque saison par sa propre impréparation. Le véritable défi n’est plus de constater les dégâts, mais de bâtir une résilience concrète, vérifiable, au plus proche des communautés exposées. Pour l’instant, la stratégie existe. Mais comme souvent, la réalité attend que les promesses descendent enfin dans la boue.

Felix Yetoth

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