Douala, Cameroun
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CANCER DU SEIN AU CAMEROUN : UN DIAGNOSTIC TARDIF QUI COÛTE DES VIES

Un chiffre qui parle de lui-même : au Cameroun, 71,5 % des cancers du sein sont diagnostiqués à des stades avancés, là où les options de traitement sont limitées et les chances de survie diminuent. Ce constat inquiétant, issu d’une vaste étude menée entre 2008 et 2015, pointe les failles d’un système de santé aux prises avec l’une des maladies les plus meurtrières au monde. Une réalité d’autant plus poignante que les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sont sans appel : le cancer du sein représente 14,1 millions de nouveaux cas par an à l’échelle mondiale.

Une épidémie silencieuse : les chiffres d’une catastrophe latente

Durant la période de huit ans couverte par cette étude, 1 486 cas de cancer du sein ont été recensés au Cameroun, dont 1470 femmes et 16 hommes. L’âge moyen des patientes est de 47,89 ans, avec une forte incidence entre 40 et 50 ans (29,3 %). Mais plus alarmant encore, le cancer frappe principalement à des stades avancés. Dans 64,9 % des cas, des métastases ganglionnaires sont détectées, et 71,5 % des patients sont diagnostiqués aux stades T3 ou T4, là où la maladie est déjà bien implantée dans le corps.

Le type de cancer le plus courant est le carcinome canalaire, représentant 87,9 % des cas. En matière de malignité, la situation est tout aussi préoccupante : la majorité des tumeurs sont classées en grades II (51,2 %) et III (30 %), des niveaux qui compliquent les traitements et la récupération.

L’étude a également permis de dégager des profils sociodémographiques et anatomopathologiques distincts pour chaque région du Cameroun. Cette distribution géographique a mis en évidence les disparités d’accès aux soins. Alors que les régions centrales et urbaines peuvent bénéficier de structures médicales dotées de services d’anatomie pathologique, les régions rurales, plus éloignées, peinent à offrir ces services de base. L’âge est également un facteur aggravant : pour les personnes de plus de 40 ans, le risque de malignité élevée est accru.

La sensibilisation et le dépistage précoce : un impératif de santé publique

Face à ce tableau sombre, l’urgence d’une politique de santé publique renforcée est évidente. Au Cameroun, le dépistage systématique du cancer du sein est loin d’être la norme, en grande partie à cause du manque de moyens, d’équipements et de personnel formé. Des programmes de sensibilisation pour promouvoir l’auto-examen et le dépistage régulier, ainsi que des campagnes de santé publique pour améliorer l’accès aux soins dans les régions éloignées, sont impératifs.

L’étude conclut qu’au Cameroun, la plupart des cancers du sein sont diagnostiqués trop tard pour garantir des chances de survie optimales. La lente progression de l’infrastructure sanitaire, couplée à une faible sensibilisation, coûte chaque année la vie à de nombreuses femmes camerounaises. La lutte contre le cancer du sein, désormais enjeu de santé publique national, exige des stratégies à grande échelle pour renverser cette tendance. Le message est clair : il faut agir, et vite.

Felix Yetoh

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