La salle résonnait d’un air de gravité et d’espoir, témoins de la signature d’un accord sans précédent entre la République du Cameroun et l’Initiative pour la Forêt d’Afrique Centrale (CAFI), sous les yeux des dignitaires internationaux. À l’occasion de la Conférence sur la durabilité de Hambourg, la Ministre allemande de la Coopération économique et du Développement, SE Mme Svenja Schulze, a officialisé cette alliance en présence du Ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire du Cameroun, SEM Alamine Ousmane Mey, et de l’Administrateur du Programme des Nations Unies pour le Développement, Achim Steiner.
Cet accord, sous forme de Lettre d’intention, scelle l’engagement du Cameroun à mobiliser conjointement 2,5 milliards de dollars d’ici 2035 pour initier sa transition vers une croissance économique verte. Il reflète une promesse ambitieuse : aligner le développement agricole, en particulier celui du cacao, avec la protection d’un patrimoine forestier unique de 30 millions d’hectares, tout en œuvrant pour l’émergence économique durable du pays.
Une vision pour une agriculture durable et une gouvernance forestière renforcée
En tant que cinquième producteur mondial de cacao, le Cameroun a une responsabilité majeure dans la transition mondiale vers des pratiques agricoles durables. La Lettre d’intention signée exige que le pays, d’ici 2035, assure une production agricole dénuée de déforestation, en accord avec la Déclaration des Dirigeants de Glasgow de 2021 et les engagements nationaux du Cameroun à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Cet objectif est colossal mais crucial, surtout pour un pays qui aspire à devenir le « grenier agricole » de l’Afrique.
À cette fin, le partenariat vise trois piliers stratégiques :
D’ici 2025, le Cameroun ambitionne de permettre à 300 000 producteurs de cacao, café et autres cultures stratégiques de bénéficier de mécanismes de subventions agricoles. En intégrant des pratiques agroécologiques, le pays réduira la pression sur les terres forestières tout en assurant sa sécurité alimentaire.

Le Cameroun s’engage à protéger ses 18 millions d’hectares de forêts permanentes, un actif vital représentant plus de 39 % de son territoire. Cette mesure soutiendra la biodiversité et contribuera à la lutte mondiale contre le changement climatique.
Le gouvernement camerounais met en place des outils de coordination multi-niveaux pour garantir la cohérence et l’efficacité de sa politique de développement. La vision s’appuie sur l’élaboration de plans industriels intégrés pour les secteurs miniers, forestiers et agro-industriels, en conformité avec les objectifs du partenariat CAFI-Cameroun.
Vers une transformation agroécologique pour les petits exploitants de cacao
Le Cameroun compte environ 700 000 producteurs de cacao et de café, dont la majorité sont des petits exploitants souvent contraints de défricher de nouvelles terres pour répondre à la demande croissante. Ce partenariat marque une volonté inédite de les soutenir grâce au Fonds National de Développement des Filières Cacao et Café (FODECC) et à l’Union Européenne, qui financent le « Guichet Producteurs ». Ce mécanisme de financement direct, d’une valeur annuelle de 12 millions d’euros, permet aux agriculteurs de recevoir des subventions et de se conformer aux nouvelles réglementations de l’UE, telles que le Règlement sur la déforestation importée (EUDR).
Le projet, approuvé en juin dernier par le Conseil d’administration de CAFI et financé à hauteur de 20 millions de dollars, symbolise l’engagement de CAFI et du Cameroun à produire un cacao sans déforestation, tourné vers une économie verte.

Sous l’impulsion du Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), le Cameroun coordonne les initiatives nationales pour atteindre les objectifs du partenariat CAFI-Cameroun. Cet effort est soutenu par une collaboration intersectorielle entre 8 ministères et le FODECC. Le leadership du MINEPAT et l’appui technique des partenaires comme le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) garantissent que les actions menées soient concrètes et axées sur les besoins locaux.
Une alliance durable pour l’émergence économique verte
Le Cameroun s’inscrit dans une trajectoire inédite, déterminé à renforcer son secteur agricole tout en assurant la protection de ses forêts. Ce premier engagement est l’amorce d’un parcours en trois phases : une phase de démarrage en cours (2023-2026) avec un financement initial de 60 millions de dollars, suivie d’une phase d’engagement (2026-2023) pour définir les politiques et jalons, et enfin une phase d’expansion, après 2027, pour pérenniser et amplifier les actions en faveur d’un avenir durable.
Cet accord marque une étape cruciale dans la lutte mondiale pour la préservation des forêts et contre le changement climatique. Le Cameroun, soutenu par des partenaires internationaux, montre au monde que croissance économique et protection environnementale peuvent être complémentaires. Avec une volonté politique affirmée, des financements structurés et une mobilisation nationale, le Cameroun trace la voie d’un avenir où forêts, agriculture et prospérité coexistent harmonieusement.
Élise Mballa

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