Douala, Cameroun
Biodiversité Faune

Cameroun: Quand 60% des épidémies animales échappent au contrôle

Dans les étables de l’Adamaoua, les bergeries de l’Extrême-Nord et les poulaillers de l’Ouest, les maladies frappent avec une régularité inquiétante. En 2020, le Laboratoire National Vétérinaire du Cameroun a confirmé 3 344 cas de pathologies virales et 487 cas de pathologies bactériennes chez les animaux d’élevage. Derrière ces chiffres de l’Annuaire Statistique du Ministère de l’Élevage se cache une réalité brutale : 60% des foyers infectieux ne sont jamais assainis. Les maladies persistent, contaminent les troupeaux voisins, déciment le bétail et ruinent les éleveurs.

La Peste des Petits Ruminants mène le sinistre palmarès avec 2 005 cas confirmés. Cette maladie virale hautement contagieuse tue les chèvres et les moutons par milliers. Vient ensuite la fièvre aphteuse avec 1 106 cas, qui paralyse les bovins et leur fait perdre du poids jusqu’à ce que mort s’ensuive. La Peste Porcine Africaine a confirmé 97 cas, condamnant des porcheries entières à l’abattage sanitaire. La péripneumonie contagieuse bovine touche 264 animaux, la tuberculose bovine 92 cas. Des pathologies qui se propagent d’une exploitation à l’autre faute de moyens pour les contenir.

Les maladies zoonotiques, celles qui se transmettent à l’homme, bénéficient d’un traitement à peine meilleur. Seulement 50% des foyers ont été assainis en 2020 selon le Ministère. La rage a confirmé 18 cas dans les laboratoires. Mais combien de morsures n’ont jamais été déclarées dans les villages reculés où personne ne viendra jamais prélever un échantillon ? La brucellose touche 42 animaux, exposant les éleveurs et leurs familles à une infection chronique débilitante. La tuberculose bovine menace quiconque consomme du lait cru ou de la viande contaminée.

Face à cette hécatombe sanitaire, le système de soins vétérinaires s’effondre sous son propre poids. Le pays compte 557 vétérinaires inscrits à l’Ordre National en 2020, mais seulement 138 exercent en clientèle privée au contact direct des éleveurs. L’Adamaoua, qui concentre 6,3 millions de bovins, dispose de 13 praticiens. L’Extrême-Nord avec ses 1,1 million de bovins et 2,9 millions de caprins n’en a que 5. Le Centre accapare 43 vétérinaires, l’Ouest 27, pendant que le Sud survit avec 4 et le Sud-Ouest avec 2. Une répartition qui condamne les régions d’élevage à l’abandon sanitaire.

Les infrastructures suivent la même logique d’insuffisance chronique. Le pays possède 91 cabinets vétérinaires agréés et 47 pharmacies vétérinaires pour tout le territoire. Un éleveur de l’Adamaoua qui voit son troupeau tomber malade doit souvent parcourir des centaines de kilomètres avant de trouver un praticien. Quand il y parvient, les animaux sont déjà morts ou trop atteints pour être sauvés. Les consultations enregistrées en 2020 témoignent de cette inégalité : 23 469 bovins examinés dans le Nord-Ouest, 15 835 dans le Nord, mais seulement 1 743 dans l’Extrême-Nord et 269 dans le Littoral.

l ‘urgence des veterinaires

La vaccination constitue le seul rempart face à cette marée de maladies. En 2020, le Laboratoire National Vétérinaire a produit 8,6 millions de doses de vaccins viraux et 9,8 millions de doses de vaccins bactériens. Les campagnes ont permis de vacciner 5,3 millions de petits ruminants contre la Peste des Petits Ruminants, 1,3 million de bovins contre la péripneumonie contagieuse, 607 115 bovins contre la pasteurellose. Des efforts louables mais largement insuffisants face aux effectifs totaux. Sur 10,2 millions de bovins, combien restent exposés ? Sur 11 millions de petits ruminants, combien mourront faute de protection ?

Le problème dépasse la simple production de vaccins. Il faut les acheminer dans des zones sans routes praticables, sans électricité pour maintenir la chaîne du froid, sans personnel formé pour les administrer. Il faut convaincre des éleveurs méfiants qui n’ont jamais vu un vétérinaire de leur vie. Il faut assurer un suivi sanitaire impossible avec 138 praticiens pour des millions d’animaux dispersés sur 475 442 kilomètres carrés.

Pendant ce temps, les maladies gagnent du terrain. Chaque foyer non assaini devient un réservoir d’agents pathogènes. Chaque animal mort représente une perte sèche pour un éleveur déjà pauvre. Et 60% des épidémies continuent de se propager dans l’indifférence générale.

Alice Epoupa

Alice Epoupa
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