Avec la publication par l’Assobacam des statistiques pour décembre 2024, un portrait détaillé des performances de la filière banane dessert au Cameroun se dessine. Si le volume exporté ce mois (27 007 tonnes) est en hausse significative par rapport au mois précédent (+43,7%), cette embellie ponctuelle masque une tendance de long terme caractérisée par des contreperformances notables.
Une analyse statistique des données permet de mieux comprendre les dynamiques en jeu. En décembre 2024, Plantations du Haut Penja (PHP) a exporté 19 288 tonnes, représentant environ 72 % des volumes nationaux pour le mois. Cependant, bien que PHP demeure le leader incontesté, ses ventes annuelles de 153 258 tonnes marquent une baisse de 5,4 % par rapport à 2023 et de 15 % comparé à 2022. Cette contraction s’inscrit dans un déclin progressif de ses performances, sa part de marché passant de 81,3 % en 2018 à 72,7 % en 2024, soit une perte de 8,6 points de pourcentage en seulement six ans. En novembre 2024, PHP a enregistré sa plus faible performance décennale, avec seulement 10 837 tonnes exportées. Les baisses de rendement peuvent être liées à divers facteurs, tels que la logistique, le climat ou des défis agricoles, mais leur silence face à cette tendance laisse le marché spéculer.
La Compagnie fruitière de Mondonie (CBDM), seconde filiale du géant français Compagnie fruitière de Marseille, affiche une croissance remarquable. En seulement 12 mois, ses exportations ont atteint 14 112 tonnes, contre 3 155 tonnes en 2023 (+347,2 %). Pourtant, malgré ce rebond, CBDM reste loin de compenser les pertes accumulées par PHP. Les volumes consolidés des deux filiales (167 370 tonnes) ne suffisent pas à stabiliser leur domination sur le marché, et leur part globale est passée de 84,3 % en 2021 à 79,4 % en 2024.

Après avoir été mise à genoux par des crises prolongées, Cameroon Development Corporation (CDC) signe son retour avec des performances notables. Avec 31 643 tonnes vendues en 2024, elle détient 15 % du volume national, contre seulement 8,4 % en 2021. La CDC double pratiquement sa part de marché en trois ans, consolidant ainsi son rôle de concurrent sérieux face à PHP. De son côté, BOH Plantation affiche des exportations de 11 733 tonnes en 2024, soit une légère baisse de 634 tonnes (-5,1 %) par rapport à 2023. Sa part de marché, désormais de 5,6 %, continue de reculer, alors qu’elle était de 7,2 % il y a cinq ans.
Les performances nationales témoignent d’un marché en transition. Bien que la hausse de décembre 2024 (+43,7 %) compense partiellement les faibles résultats des mois précédents, elle semble être le reflet d’une dynamique saisonnière ou logistique plus qu’une reprise structurelle. La baisse annuelle de PHP, avec seulement 153 258 tonnes exportées, impacte mécaniquement le volume total national, même si la montée en puissance de la CDC, dont la part de marché a augmenté de 6,6 points en trois ans, apporte un souffle de stabilisation.
Les chiffres mettent en évidence un secteur où les dynamiques de domination évoluent rapidement. Malgré leurs pertes, PHP et CBDM demeurent prépondérantes, mais elles devront relever les défis de diversification et de compétitivité pour se maintenir. Dans le même temps, la résilience de la CDC sera déterminante pour équilibrer le marché national et international. Les acteurs devront également faire face à des défis climatiques et structurels qui nécessitent des investissements dans la technologie agricole, les infrastructures de transport et l’adaptation aux changements climatiques. Le retour progressif à la croissance sera une tâche délicate pour la filière banane camerounaise. L’année 2025 s’annonce comme un test crucial pour évaluer la résilience des acteurs majeurs et identifier les stratégies gagnantes dans un marché en mutation.
Awa Balkissou

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