Dans les sous-sols de Yaoundé se joue peut-être l’avenir de l’Afrique subsaharienne. Le 4 novembre 2024, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Université de Yaoundé I ont lancé une initiative audacieuse qui pourrait révolutionner notre compréhension des ressources hydriques du continent : le projet Edu-Delo. Cette mission, qui vise à cartographier les réserves d’eau souterraines de la capitale camerounaise et de ses environs, représente bien plus qu’une simple étude géologique – c’est une course contre la montre face au changement climatique.
« Explorer l’emplacement des aquifères et leur extension est un préalable à une gestion durable de l’accès à l’eau au Cameroun« , explique le Professeur Télesphore Sime Ngando, représentant de l’IRD. Dans la salle multimédia de la Faculté des Sciences, bondée de chercheurs et de diplomates, ses mots résonnent comme un appel à l’action. « Nous rentrons à la maison avec en poche un beau projet de coopération scientifique et éducative », ajoute-t-il avec émotion.
Cette collaboration tripartite entre l’IRD, l’Université de Yaoundé I et le laboratoire GeoAzur de l’Université de Nice ne se contente pas de cartographier – elle innove. À travers une approche pluridisciplinaire mêlant géophysique, géochimie, hydrologie et cartographie, les chercheurs tentent de comprendre comment les aquifères interagissent avec les sols et s’adaptent aux conditions climatiques changeantes.
Pour le Dr Lionel Mbida Yem, porteur du projet, l’enjeu est clair : « poser des bases scientifiques solides pour la préservation de l’eau souterraine en milieu urbain« . Une mission d’autant plus cruciale que l’accessibilité à l’eau figure parmi les priorités majeures de l’Afrique subsaharienne face au réchauffement climatique.
Mais Edu-Delo va au-delà de la simple recherche. Le projet intègre un volet formation innovant à travers la création d’une Jeune équipe associée à l’IRD (JEAI). Ce programme de trois ans, financé par l’Université de Nice, vise à former la nouvelle génération de chercheurs camerounais. L’objectif ? Créer une équipe de recherche autonome capable de « décrocher de plus gros financements » et de pérenniser l’expertise locale.
Cette initiative pourrait bien devenir un modèle pour toute l’Afrique subsaharienne. Elle illustre comment la collaboration scientifique internationale peut répondre aux défis climatiques tout en renforçant les capacités locales. Le projet s’inscrit dans une vision plus large de la coopération franco-camerounaise, qui s’étend déjà à d’autres domaines comme l’étude de la diversité forestière du bassin du Congo et les dynamiques sociales.
Alors que les premières équipes commencent leur travail de cartographie, une chose est certaine : sous les rues de Yaoundé se dessine peut-être la solution à l’un des plus grands défis du XXIe siècle – garantir l’accès à l’eau potable dans un monde en réchauffement. Et cette fois, c’est l’Afrique qui montre la voie.
Cedric Pokam

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