Douala, Cameroun
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La malédiction de l’or : comment le Cameroun regarde s’évaporer sa fortune

Dans les entrailles rocheuses de l’Est camerounais, des milliers de mains creusent la terre à la recherche d’un éclat doré. Chaque jour, des pépites remontent à la surface, pesées en grammes qui deviennent des kilogrammes, puis des tonnes. Pourtant, à Yaoundé, dans les coffres blindés de la Banque centrale, c’est le vide qui s’installe. Les 737 kilogrammes de réserves d’or des années 2000 ont fondu comme neige au soleil, réduits aujourd’hui à un maigre trésor de 37 kilogrammes.

Entre les mines et l’État, 1 500 kilogrammes d’or ont tout simplement disparu, avalés par des réseaux de contrebande qui opèrent dans l’ombre des frontières poreuses.

Cette hémorragie silencieuse révèle l’un des paradoxes les plus cruels de l’économie africaine : un pays peut regorger de richesses et mourir de faim fiscale. Pendant que le Cameroun voit son or s’évaporer dans les circuits de contrebande transfrontaliers, d’autres nations font de ce métal un pilier de leur stabilité macroéconomique.

Face à ce constat, les autorités camerounaises sortent l’artillerie lourde. Retrait d’autorisations d’exploitation, système de « mine en vase clos » pour contrôler la production, études de faisabilité obligatoires. Les exploitants défaillants sont sommés de se conformer. Les partenariats public-privé doivent canaliser la production vers les circuits formels pour collecter impôts et taxes.

Mais entre les décrets ministériels et la réalité des sites miniers, il y a des centaines de kilomètres de pistes défoncées, des zones où l’administration est une abstraction, et des milliers de personnes pour qui l’or artisanal représente la seule survie économique. Comment imposer la rigueur quand les services manquent d’effectifs et de moyens ?

Les fraudeurs s’adaptent plus vite que les bureaucraties. Quand les contrôles se resserrent, la production clandestine migre vers des zones inaccessibles. Sans incitations économiques, les exploitants basculent dans l’illégalité plutôt que de se conformer.

Le talon d’Achille du dispositif camerounais reste la traçabilité. Les nouvelles mesures se concentrent sur l’amont – l’extraction – mais restent floues sur l’aval, ce maillon critique où acheteurs, intermédiaires et exportateurs transforment l’or artisanal en flux financiers opaques. C’est pourtant là, dans les bureaux d’achat non agréés et les circuits d’exportation parallèles, que se noue la fraude. Sans contrôle de cette chaîne, du site minier jusqu’au point de vente final, les pertes continueront.

D’autres pays ont trouvé des solutions pragmatiques qui ne nécessitent pas de budgets colossaux : registres numériques accessibles par smartphone, carnets de production standardisés, paiements obligatoires par mobile money pour créer une trace financière, ou encore marquage physique des lots. Des outils simples, peu coûteux, qui créent juste assez de friction pour rendre la fraude moins attractive que la conformité. Le Rwanda et le Ghana ont ainsi considérablement réduit leurs pertes en combinant technologie accessible et incitations économiques.

Car c’est bien là le nœud du problème : tant que le circuit formel sera perçu comme contraignant et peu rémunérateur, les exploitants artisanaux choisiront la voie de la contrebande. L’État camerounais ne pourra pas poster un policier derrière chaque orpailleur. Il devra au contraire créer un écosystème où déclarer sa production devient plus intéressant que la cacher.

L’or camerounais peut encore devenir un levier de développement. À condition que les coffres de la nation se remplissent aussi vite que ses rivières charrient le métal précieux vers des frontières poreuses.

Awa Balkissou

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