Douala, Cameroun
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29 millions de cobayes : le Cameroun abandonne ses citoyens aux épidémies

Le bulletin épidémiologique officiel du deuxième trimestre 2025 révèle l’effondrement du système de santé publique camerounais face à un déferlement d’épidémies simultanées qui transforment le pays en laboratoire médical de tous les dangers. Paludisme, rougeole, fièvre jaune, poliomyélite, rage, méningite : aucune pathologie ne semble épargnée dans cette nation de 29 millions d’habitants devenue le terrain de jeu privilégié des maladies évitables.

Les chiffres officiels dessinent le portrait d’une catastrophe sanitaire en cours. Le paludisme à lui seul a tué 719 personnes au premier semestre 2025, avec un taux d’incidence en hausse de 92,8 cas pour mille habitants. Cette progression alarmante révèle l’échec des politiques de prévention dans un pays où cette maladie représente encore la première cause de mortalité, particulièrement chez les enfants de moins de cinq ans qui affichent des taux de décès six fois supérieurs aux autres groupes d’âge.

L’épidémie de rougeole frappe simultanément quarante-quatre districts de santé répartis sur neuf régions, avec 1401 cas confirmés depuis le début de l’année. Cette résurgence massive d’une maladie évitable par vaccination témoigne de l’effondrement de la couverture vaccinale nationale et de l’incapacité des autorités à protéger leurs populations les plus vulnérables. Un décès a été enregistré dans le district de Tiko, symbole tragique d’une prévention défaillante.

La fièvre jaune n’est pas en reste avec 966 cas suspects investigués et onze cas confirmés par séroneutralisation. Cette maladie, contre laquelle il existe pourtant un vaccin efficace depuis 1937, continue de circuler librement dans un territoire où les campagnes d’immunisation restent sporadiques et géographiquement limitées. Les régions du Centre, de l’Extrême-Nord et du Littoral paient le prix fort de cette négligence vaccinale chronique.

L’hypertension artérielle frappe 11 419 nouveaux patients au premier semestre, tandis que le diabète en touche 6 093 autres.

La poliomyélite, officiellement éradiquée dans la plupart des pays développés, refait surface au Cameroun avec la détection de quatre poliovirus variants dans les échantillons environnementaux. Cette résurgence de la paralysie infantile dans les régions de l’Extrême-Nord, de l’Adamaoua et du Centre révèle les failles béantes du système de surveillance épidémiologique national et l’insuffisance des campagnes de vaccination de routine.

Les maladies chroniques non transmissibles ajoutent une dimension dramatique supplémentaire à ce tableau clinique désastreux. L’hypertension artérielle frappe 11 419 nouveaux patients au premier semestre, tandis que le diabète en touche 6 093 autres. Ces pathologies, révélatrices des mutations sociétales et alimentaires du pays, trouvent un système de santé totalement démuni face à leur progression exponentielle.

La surveillance épidémiologique elle-même vacille. La complétude des rapports hebdomadaires des formations sanitaires s’effondre à partir de la semaine 16, passant sous le seuil critique de 90%. Cette défaillance du système d’alerte précoce transforme le Cameroun en territoire médical à l’aveugle, incapable de détecter et d’endiguer les épidémies naissantes avant qu’elles ne se propagent à l’ensemble du territoire.

Le paludisme à lui seul a tué 719 personnes au premier semestre 2025, avec un taux d’incidence en hausse de 92,8 cas pour mille habitants.

Les disparités régionales révèlent une géographie sanitaire à deux vitesses. Alors que les régions du Centre et du Littoral concentrent les infrastructures médicales et les compétences techniques, l’Extrême-Nord, le Nord et l’Est subissent un abandon sanitaire qui les expose à tous les fléaux épidémiques. Cette fracture territoriale de la santé publique condamne des millions de Camerounais à subir passivement des maladies parfaitement évitables.

Face à cette hécatombe sanitaire, les autorités multiplient les ateliers, séminaires et campagnes ponctuelles qui masquent mal leur impuissance structurelle. La campagne de santé gratuite organisée en juin dans l’Extrême-Nord, malgré ses 500 000 bénéficiaires, ne peut compenser des décennies de désinvestissement dans les infrastructures sanitaires de base.

Le Cameroun de 2025 offre ainsi le spectacle d’un pays techniquement capable de diagnostiquer et traiter la plupart des pathologies qui le frappent, mais politiquement incapable d’organiser leur prévention systématique. Cette schizophrénie sanitaire transforme chaque épidémie en tragédie évitable et chaque décès en accusation contre un système de santé publique à la dérive.

Alice Epoupa

Alice Epoupa
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